
Le secteur du transport en France a connu en 2024 une année de contrastes. D’un côté, des records de fréquentation sur le réseau ferroviaire. De l’autre, un transport routier européen toujours sous pression, avec des marges comprimées et des réglementations qui se durcissent. Comprendre ces dynamiques permet d’anticiper ce qui va changer pour les professionnels comme pour les voyageurs.
Nouvelles normes CO2 pour les poids lourds : ce que le règlement européen de 2024 change
Le règlement (UE) 2024/1610 du 14 mai 2024 impose une trajectoire de réduction des émissions de CO2 pour les véhicules utilitaires lourds neufs, calculée à partir d’une référence fixée en 2019. Les poids lourds sont désormais soumis aux mêmes logiques de décarbonation que les véhicules légers.
Les constructeurs doivent vendre des camions de moins en moins émetteurs, sous peine de pénalités financières. Pour les entreprises de transport routier, la conséquence est directe : le renouvellement de flotte coûte plus cher, car les motorisations alternatives (électrique, hydrogène, biogaz) restent plus onéreuses à l’achat qu’un diesel classique.
Ce règlement accélère aussi le déploiement d’infrastructures de recharge, dans le cadre du règlement AFIR entré en application au printemps 2024. Les transporteurs qui anticipent cette transition disposent d’un avantage concurrentiel. Ceux qui attendent risquent de subir la hausse des coûts sans avoir préparé leur parc.
Pour suivre l’évolution de ces sujets, les infos transport sur Actualités Voyages permettent de garder un œil sur les grandes tendances du secteur, du fret à la mobilité voyageurs.
Dépense totale de transport en France : un bilan 2024 en hausse

La dépense totale de transport en France a atteint 536,8 milliards d’euros en 2024, soit une hausse de 2,5 % en valeur par rapport à 2023. Ce montant dépasse de plus de 20 % le niveau d’avant la crise sanitaire. Le transport n’a pas seulement retrouvé son rythme : il l’a dépassé.
Pourquoi cette hausse ? Elle vient principalement des transports collectifs, dont les dépenses ont bondi de 8,4 %, dans un contexte où les prix de ces services sont restés stables. Les ménages ont donc voyagé davantage en train, en bus, en métro, sans subir d’inflation sur les billets.
Les dépenses de transport individuel (voiture, moto) ont progressé bien plus lentement, à seulement 0,4 %. Le transport individuel représente toujours environ 80 % des dépenses de déplacement des ménages hors assurance, mais son poids relatif diminue au profit du collectif.
Investissements en infrastructures
Les dépenses d’investissement en infrastructures de transport ont augmenté de 3,9 % pour atteindre 27,3 milliards d’euros. Cette hausse concerne trois postes principaux :
- Le réseau routier, qui absorbe la part la plus importante malgré la priorité affichée au ferroviaire
- Le réseau ferré principal, avec des chantiers de régénération et de modernisation des lignes existantes
- Les transports collectifs urbains, portés par les projets de tramway, de bus à haut niveau de service et d’extension de métro en Île-de-France
Les recettes fiscales liées au transport ont atteint 66 milliards d’euros, en hausse de 5,4 %. L’État et les collectivités captent donc une part croissante de la richesse générée par le secteur.
Transport routier européen : une demande encore fragile en 2024
Le bilan macro français masque une réalité plus dure pour le fret routier à l’échelle européenne. La demande de transport routier est restée molle en Europe, avec des prix sous pression et des marges qui continuent de se réduire pour les transporteurs.

Les coûts, eux, n’ont pas baissé. Carburant, salaires, péages, conformité réglementaire : chaque poste pèse davantage. Pour une entreprise de transport routier de marchandises, la rentabilité s’érode mécaniquement quand les tarifs stagnent et que les charges augmentent.
Ce déséquilibre touche particulièrement les petites structures. Les grandes flottes peuvent négocier des volumes et optimiser leurs trajets grâce à des outils logistiques avancés. Les artisans transporteurs n’ont pas cette marge de manœuvre.
L’impact sur le marché français
En France, le transport routier de marchandises reste le mode dominant pour les flux intérieurs. La concurrence avec le ferroviaire et le fluvial existe sur le papier, mais dans les faits, le camion assure la majorité du fret terrestre français.
La pression réglementaire (normes CO2, règles sociales, contrôles techniques renforcés) pousse le secteur vers une consolidation. Les rachats d’entreprises de transport se multiplient, et les acteurs qui survivent sont ceux qui investissent dans la formation, la digitalisation et la transition énergétique de leur parc.
Ferroviaire et mobilité urbaine : les signaux positifs de 2024
Le transport ferroviaire a enregistré un nouveau record de fréquentation en 2024. Tous les services (TGV, TER, Intercités, Transilien) ont vu leur offre et leur fréquentation progresser, selon l’Autorité de Régulation des Transports.
- L’offre de trains a augmenté de manière sensible, avec davantage de circulations sur les lignes les plus demandées
- La qualité de service s’est nettement améliorée après six années consécutives de dégradation
- Les évolutions de prix moyens sont restées modérées par rapport à l’inflation générale
Les secteurs ouverts à la concurrence affichent une meilleure maîtrise des prix et des coûts. L’arrivée progressive d’opérateurs alternatifs sur certaines lignes régionales commence à produire des effets mesurables sur la qualité et les tarifs.
En Île-de-France, la fréquentation des transports en commun a accéléré en 2024, portée notamment par les Jeux Olympiques et Paralympiques de Paris. L’événement a généré un afflux de voyageurs sur le réseau francilien, mais aussi mis en lumière les limites de capacité de certaines lignes.

Le transport aérien francilien, lui, a poursuivi sa reprise sans retrouver son niveau d’avant-crise sanitaire. Les vols intérieurs reculent au profit du train sur les liaisons où le TGV offre un temps de trajet comparable.
L’année 2024 aura donc confirmé un basculement progressif des usages vers le ferroviaire et les transports collectifs urbains. Ce mouvement n’efface pas la domination du transport routier, ni les difficultés structurelles du fret. Mais il dessine un paysage où chaque mode doit justifier sa pertinence par les prix, la fiabilité et l’empreinte carbone.